Saint-Malo : la triste fin du « Triton »
Dans la nuit du vendredi 23 novembre 1928, un dundée, petit bateau de cabotage à deux mâts transportant du charbon, était pris dans une violente tempête et précipité sur les murs du môle des Noires, à Saint-Malo.
La tempête, annoncée le jour-même par le journal L’Ouest-Éclair (édition de Rennes, 23 nov. 1928), devait croître en intensité au cours de la soirée pour atteindre son paroxysme au cours de la nuit du vendredi au samedi 24 novembre. Par la suite, le journal détaillera le naufrage du Triton dans son édition du dimanche 25 novembre 1928.
Le capitaine a quitté le navire
Le jeudi 22 novembre, le capitaine Daniel, inscrit à Paimpol et domicilié à Kérity (Finistère), avait jugé prudent de relâcher en vue de Saint-Malo et venir mouiller dans sa baie. Mais le capitaine s’empressa de débarquer avec deux autres matelots et il ne resta à bord du Triton que deux marins. Dans l’après-midi du vendredi 23 novembre, le remorqueur du port s’enquit de savoir si ceux-ci souhaitaient être remorqués au port où le bateau eut été ainsi à l’abri, mais cette décision ne revenant pas aux deux hommes, le remorqueur rentra seul à Saint-Malo.
Or, la nuit venue, poussé par des vents forts, les deux passagers du Triton le virent, impuissants, se diriger droit vers les rochers entre Pouilloux et le môle des Noires, avant de subir une déchirure dans sa coque. Pourtant, construit en 1919 à Saint-Malo et immatriculé à Tréguier (Côtes-d’Armor), le Triton avait une réputation de bateau solide. Heureusement, la mer baissait et le danger avait été remarqué par les marins du port, dont trois d’entre eux entreprirent de sauver, non sans mal, les deux sinistrés, et ce malgré la tempête et une nuit d’encre.
A marée montante, la tempête faisait toujours rage et les vents jetèrent le dundée sur la grève, entre le môle et le bastion de la Hollande. Couché sur le flanc, il se retrouva assez profondément ensablé.
Samedi 24 novembre au matin, une foule s’était massée sur les remparts, non loin du bastion de la Hollande, afin de contempler la mer s’acharnant sur ce qui n’était plus qu’une épave. Le pont était complètement rasé et l’on pouvait voir, à marée basse, des débris de planche gisant alentour ; seuls les deux mâts ayant réussi à tenir. Une équipe alla donc sauver ce qui pouvait encore l’être : la voilure, le matériel de bord et la corne…
Mardi 27 novembre, L’Ouest-Éclair indiquait que le commissaire de l’Inscription maritime avait diligenté une enquête et interrogé les membres de l’équipage, sauf le capitaine qui avait quitté Saint-Malo. Le 15 décembre, le charbon était entièrement déchargé de l’épave, qui continuait inexorablement de se disloquer.
Les trois sauveteurs récompensés
En 1929, les trois marins du port qui avaient sauvé les deux occupants du Triton à l’aide d’un Doris (barque à fond plat) transporté en urgence sur la grève de Bon-Secours, reçurent une récompense pécuniaire. A cette occasion, le journal rappelait succinctement que « le 23 novembre, à Saint-Malo, vers 21 heures, par tempête et nuit noire, ils ont amené un Doris par des moyens de fortune et se sont portés au secours de deux hommes du Dundée Triton, mouillé à 300 mètres environ de la terre. Les deux hommes étaient retirés de leur position critique vingt minutes plus tard et ramenés à terre. Durant ce sauvetage, les trois canotiers ont dû manœuvrer habilement pour ne pas chavirer et accoster le voilier sur la mer démontée. »
Les naufrages : le lot de Saint-Malo
Durant toute son histoire maritime, la côte malouine a connu le naufrage de nombreux navires. Les archives en dénombrent près de 350 dans la seule baie de Saint-Malo : des bateaux de pêche, mais aussi des bâtiments corsaires et des vaisseaux de la Seconde Guerre mondiale. Sans parler des avions abattus en mer. Si certains naufrages ont bel et bien sombré dans l’oubli, certains, en revanche, ont marqué les esprits. C’est le cas de notre ami Bernard Thomazeau qui se souvient parfaitement du Triton : « L’épave, à moitié ensablée, était un formidable terrain de jeux quand on était gamin, et ce malgré l’interdiction formelle de nos parents car la carène était hérissée de clous et jonchée de pointes en bois. Les plus grands y emmenaient même leurs copines pour flirter. »
Le Triton subsistera sur la plage jusqu’au dynamitage du môle par les Allemands, le 7 août 1944.
SM
Nota : Le naufrage du Triton a eu lieu le vendredi 23 novembre et non le 25 novembre, comme il est fréquent de le lire sur Internet. En effet, « L’Ouest-Éclair » a relaté les faits après coup dans son édition du dimanche 25 novembre 1928, d’où la confusion qui s’en est suivie.

Laisser un commentaire