« J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes. Je donne mon expérience et le meilleur de moi-même aux animaux. »
B.B. : la Belle et les Bêtes
Brigitte Bardot était la plus belle. Célèbre pour sa frimousse ingénue, son déhanchement sensuel, sa choucroute blonde et ses robes roses à petits carreaux Vichy, elle était devenue une star mondiale ; à l’instar de Marilyn Monroe qu’elle avait d’ailleurs rencontrée en octobre 1956. Pour autant, l’inoubliable femme-enfant a tout sacrifié pour se consacrer à l’unique combat et amour de sa vie : la cause animale.
Un mètre soixante-huit, tour de poitrine 91, tour de taille 51, tour de hanches 89, pointure 37… A la fois mythe vivant et sex-symbol, couronnée plus belle femme du monde, B.B. incarne la libération de la femme bien avant mai 1968 et la loi Veil votée en janvier 1975. Loin de masquer les contradictions et les rebellions de celle qui déchaîna les passions (et polémiques) les plus vives, force est de reconnaître le côté avant-gardiste et l’ampleur du phénomène Bardot. En 1949, elle a à peine 15 ans, rêve d’être danseuse et accepte de poser en couverture du magazine Elle. Cependant, pour préserver son nom, elle utilise ses initiales. « Le génie n’est que l’enfance nettement formulée » disait Baudelaire. Plutôt habile car sa voie est désormais tracée, son destin scellé. La suite, on la connaît avec la sortie du film de Vadim « Et Dieu créa la femme » en 1956, qui la propulsera au rang de star mondiale. Sa beauté incendiaire symbolisait à elle seule toute l’insouciance des sixties. Scandaleuse, amoureuse, farouche, tumultueuse, Bardot se livre alors au cinéma dans tous ses états, dans tous ses éclats, durant 21 années, totalisant 48 films. Rarement des chefs-d’œuvre, mais malgré tout quelques pépites signées Vadim, Autant-Lara, Clouzot, Louis Malle, Godard.
Son premier film
C’est dans « Le trou normand » (1952), film de Jean Boyer avec Bourvil en tête d’affiche, que B.B. tourne pour la première fois. Elle a tout juste 18 ans et joue le rôle d’une ingénue provinciale. Pierre Mariette, un figurant, se remémore : « Elle s’apprêtait à tourner une scène, mais le réalisateur voulait qu’elle change son haut car il ne collait pas à l’image. Je l’ai alors emmenée dans le magasin de vêtements que tenait mes parents à La Vieille-Lyre (Eure). C’est là qu’elle s’est rapidement changée. Je l’ai vu enlever son haut et j’ai aperçu ses seins. J’étais subjugué. Depuis je porte des lunettes. »
Dans une scène du film, un imprésario Jean Marco (Roger Pierre) propose à Javotte (B.B.) de faire du cinéma. Ayant entrepris de la séduire, il lui demande de l’embrasser afin « de la tester pour un film d’amour ». Insatisfait du baiser qu’elle lui applique sur la joue, il la saisit pour lui montrer ce qu’est un « vrai baiser d’amoureux ». B.B. ne garde pas un bon souvenir de ce film, qualifiant le tournage de « fatigant et pénible » dans ses mémoires. Me Too avant l’heure ?
Un instinct animal
Car la Belle a du poil de la bête. « C’est sur les épreuves qu’on bâtit la réussite si on n’en meurt pas » écrivait-elle en préface de son livre « Initiales B.B. » paru fin 1996. Mais c’est peut-être Simone de Beauvoir qui l’a le mieux cernée : « Brigitte Bardot ne se soucie pas le moins du monde de l’opinion des autres. Elle n’a aucune demande à formuler. Elle suit ses penchants. Elle mange quand elle a faim, et elle est amoureuse avec la même simplicité, sans cérémonie. Le désir et le plaisir sont pour elle plus convaincants que les préceptes et les conventions. Elle fait ce qui lui plaît, et c’est cela qui est troublant. »
Le combat de sa vie
La symbiose avec l’animal est évidente. D’ailleurs, elle le précise en 1987 avec cette phrase restée célèbre : « J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes. Je donne mon expérience et le meilleur de moi-même aux animaux. » Le reporter animalier Christian Zuber (1930-2005) me confiait en février 2003 dans le cadre d’une interview qu’il m’avait accordée : « Brigitte est une femme formidable qui se donne à fond pour la cause animale et dans ce domaine, c’est une pionnière. Sa fondation, créée en 1986 pour la défense des bébés phoques, est l’une des rares à avoir été reconnue d’utilité publique six ans plus tard. C’est aussi grâce à la fondation que l’exploitation des ours brun a été abolie en Bulgarie ». Il réalisait alors des documentaires pour promouvoir la fondation Bardot et sensibiliser le public sur ses principaux combats : le commerce des fourrures, les expérimentations en laboratoire, la corrida, l’abandon des chats et des chiens, l’exploitation des animaux de spectacle, le braconnage, l’importation illégale d’espèces sauvages, l’élevage en batterie, la surpêche, la chasse, le transport des animaux de boucherie, etc. « Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. » disait Brecht.

Le livre de ses mémoires INITIALES B.B. est disponible en bibliothèque

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