La côte glorieuse, 6 juin 1944

Un film amateur inédit sur le débarquement de Normandie du 6 juin 1944
J’ai eu la chance de dénicher récemment sur une brocante un film exceptionnel réalisé par un cinéaste amateur sur le débarquement de Normandie du 6 juin 1944.
Son film est intéressant à plus d’un titre car, outre ses images privées et inédites, c’est à ma connaissance l’un des tout premiers cinéastes amateurs à s’y être rendu deux fois : la première, juste après le débarquement, et la seconde, à l’été 1946, pour filmer la reconstruction des villes de la côte normande et enregistrer les toutes premières images du retour aux bains de mer par les Normands.
Titre : La côte glorieuse
Reportage amateur de Jean Tourand sur le débarquement du 06 juin 1944 en Normandie
C.A.C.F. (Club des Amateurs Cinéastes de France)
Film 16 mm – Noir et blanc – Muet – Métrage : 125 mètres (durée : 17 mn).
Préambule
Jean Tourand, ancien résistant F.F.I., est né le 13 novembre 1920 à Compiègne (Oise) et mort le 04 octobre 2003 à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Il était cinéaste amateur et le club auquel il était affilié figure d’ailleurs au générique de son film : c’était l’un des tout premiers clubs parisiens de cinéastes amateurs, créé le 29 mai 1931. Jean Tourand n’a pas hésité à prendre sa caméra 16 mm pour se rendre sur les plages du débarquement de Normandie, principalement à Arromanches-les-Bains (Calvados) sur la plage baptisée « Gold Beach » dans le cadre de l’opération « Overlord » pour le secteur britannique.
Au tout début de son film, il prévient les spectateurs avec cet intertitre : « A l’exception de quelques documents alliés et allemands, les prises de vues et le montage intégral de ce film sont strictement amateur ».
Résumé

Images d’archives militaires sur le débarquement, côté allié et côté allemand (à un moment, on voit le maréchal Rommel lors de sa tournée d’inspection. Ces images sont connues et proviennent pour la plupart du fonds de la cinémathèque de Milan. De même, le branle-bas de combat chez les Allemands). Idem pour quelques images de bombardements alliés des plages…

En revanche, les images sur les vestiges des combats restés sur la plage d’Arromanches : barges, herses anti-débarquement, armes, bunkers mis hors service, havresacs, munitions, etc. sont quant à elles strictement amateurs. De même que les vues sur le port artificiel Port Mulberry-BA qui a permis le débarquement des troupes, du matériel et des véhicules le Jour J.

A bord d’un véhicule, le cinéaste a filmé les chars et batteries mis hors combat et qui gisent sur le bas-côté de la route. Le QG de l’US Army et quelques panneaux en anglais, des prisonniers allemands déminant une prairie : au détecteur de métaux, mais aussi à la main. Paysages de ruines alentour et qui ne se limitent pas à Arromanches. Tombe d’un soldat allemand avec le sigle SS, tombe d’un soldat canadien…

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En ce bel été 1946, les villes normandes déblaient leurs ruines laborieusement, se rebâtissant petit à petit. Ici et là, on s’active sur les chantiers auxquels des habitants n’hésitent pas à participer. Dans des zones strictement définies, on peut à nouveau se baigner sur la plage d’Arromanches mais en restant prudent tout de même et en ne s’éloignant pas trop. Et, si l’on creuse le sable, ce n’est plus pour désamorcer des mines mais pour faire des châteaux.

Cimetières collectifs de soldats morts au combat, qu’ils soient Alliés ou Allemands. Mot « Fin » sur fond de ciel crépusculaire et nuageux.
Commentaire
Les images noir et blanc sont magnifiques (pellicule KODAK), avec de très bons contrastes. Le titre du reportage (c’est ainsi que le cinéaste définit lui-même sa réalisation), « La côte glorieuse », arrive juste après les premières images sur la plage d’Arromanches. Outre le choix du titre, on comprend très vite qu’il a voulu rendre hommage à tous ces soldats anonymes, héros du débarquement. Le film est muet mais se passe fort bien de commentaire tant les images sont « parlantes ». Il est évident qu’il était accrédité pour se rendre sur place et filmer ainsi sur les lieux, notamment à bord d’un véhicule militaire.
L’auteur a pris soin d’utiliser des fondus au noir pour séparer les parties précédemment décrites. La cadence de tournage étant de 16 images/seconde, on le passera donc à 18 images/seconde sur nos projecteurs « modernes ».
A sa façon, c’est-à-dire hors des images militaires ou institutionnelles archi-connues, ce document amateur nous donne un autre aperçu sur ce grand moment historique ; l’une des dernières images se voulant un hommage à tous ces héros anonymes : « Ici le 6 juin 1944, les troupes alliées ont débarqué sur le sol de France pour la liberté du monde ».

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