PERSEPOLIS

Persépolis, une jeunesse iranienne, Marjane SATRAPI
Lors du dernier festival de Cannes [nota : mai 2007], Persépolis, film d’animation, n’a laissé personne insensible ni indifférent dans la salle : ni les festivaliers qui lui ont fait une longue ovation, ni les jurés qui lui ont décerné un prix du Jury (Persépolis est le premier film d’animation primé au festival de Cannes depuis la Planète sauvage, de René Laloux en 1973)… ni les officiels iraniens qui ont dénoncé sa présence dans la sélection officielle.
Ce long-métrage de 95 mn révèle de jolis aplats en noir et blanc, bien animés et avec un art rare et maîtrisé de l’ellipse. C’est en fait l’adaptation de la bande dessinée en quatre tomes de l’histoire autobiographique de Marjane Satrapi dans laquelle elle raconte son enfance dans l’Iran dominé par les mollahs.

Elevée dans une famille moderne et cultivée, Marjane a vu l’énorme espoir, né avec la chute du régime du Shah en novembre 1979, s’éteindre progressivement sous l’installation implacable de la dictature islamiste. La petite fille s’oppose à cette emprise avec, pour seule arme, l’insolence de sa jeunesse. Pour la protéger, ses parents l’enverront à l’âge de 14 ans en Autriche. Le choc des cultures est douloureux et elle reviendra dans son pays natal pour connaître la dépression puis un mariage raté. Ayant constaté que l’intégrisme religieux n’a rien cédé, elle s’exile définitivement en France en 1994.

Pour réaliser l’adaptation, Marjane Satrapi a collaboré avec Vincent Paronnaud, un autre auteur de BD. Ensemble, ils ont dirigé une équipe de 80 dessinateurs, avec pour mission de conserver le noir et blanc et la simplicité du coup de crayon. Trois ans de travail seront nécessaires pour aboutir à 1200 plans et 80.000 dessins. Au total, 600 personnages seront créés dans cette réalisation française dont le budget s’élève à 6 millions d’euros. Pour les voix, le tandem a fait appel à un casting de renom : Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve, Danielle Darrieux et Simon Abkarian.

Persépolis mêle intime et politique. Il propose – et c’est sa grande force – une chronique satirique du quotidien dans cette théocratie. Avec son humour mordant, Marjane Satrapi stigmatise aussi bien la folie intégriste qui envahit son pays que les travers d’une société occidentale qui baigne dans l’opulence et la futilité ;
Sans nul doute, le cinéma donnera à l’histoire de Marjane Satrapi une tournure universelle, en tout cas profondément humaniste et pleine de tolérance.

Serge Moroy, paru dans Infos-ciné n° 67 – Octobre 2007

Commentaires

2 réponses à « PERSEPOLIS »

  1. Avatar de Cécile
    Cécile

    « L’islam a 700 ans de moins que le christianisme et vit sa période inquisitoire. Est-ce que l’inquisition chrétienne est défendable ? Non. Eh bien l’islam inquisitoire ne l’est pas non plus. J’ai entendu que moi et mon Persepolis étions aussi islamophobes. Alors que j’ai vécu sous la dictature religieuse. Qu’ils ont exécuté une bonne partie de ma famille. Sans compter ceux qui étaient “juste” torturés. Quelle phobie ? Je n’aime pas l’islam politique comme n’importe quelle personne saine d’esprit. »Marjane Satrapi.

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