Villevaudé en deuil- Mauricette Chappuy n’est plus

Mauricette aujourd'hui

Mauricette aujourd'hui
Mauricette nous a quittés, telle une alouette, laissant dans nos cœurs une peine muette.

Elle a rendu son dernier souffle ce samedi 9 mai à l’hôpital de Montfermeil, dans sa 88e année. Tout le village (et même au-delà) la connaissait. Sa gentillesse, son optimisme, son sens de la fête, de la musique, des gens… Bref, de la vie tout simplement. Très pieuse, elle aimait « toutes les créatures du Bon Dieu sans exception », comme elle aimait à le souligner. Elle venait saluer tout le monde et, tout en vous serrant fort dans ses petits bras malingres, ses yeux gris-bleus scrutaient jusqu’au plus profond de votre âme.

Pourtant, sa vie fut loin d’être un long fleuve tranquille. Humble, modeste et discrète, elle n’en parlait pas. Ou si peu. Il fallut donc attendre l’été 2015 pour quelle accepte enfin de se confier et qu’on en sache un peu plus sur son destin hors du commun.

Cet entretien inédit fut d’ailleurs publié avec son accord (il fallut là aussi batailler) dans le journal local La Marne (n° 3637 du 2 septembre 2015).

En voici le contenu.

VILLEVAUDE- UNE VIE UN DESTIN

Vendue à des Romanichels à 12 ans

Le 18 août 2015, Mauricette Chappuy a eu 77 ans. Sa vie fait penser à un roman de Zola ou de Victor Hugo. Après une séparation conjugale, son père, mineur, quitte les Vosges avec ses deux enfants pour la Belgique où il se met en ménage avec une Flamande. Commence alors un véritable calvaire pour la fillette. « Ma belle-mère était une marâtre. Elle m’en voulait parce que je ressemblais à ma mère. J’étais son souffre-douleur et les coups pleuvaient pour un rien. J’endossais les bêtises de mon frère Claude, plus jeune d’un an, pour ne pas qu’il soit battu. Je ne me rebiffais jamais. Comme il y avait 6 bouches à nourrir, 4 filles et 2 garçons, elle m’a vendue à des Romanichels qui passaient dans la région pour se débarrasser de moi. C’était juste après ma communion, j’avais 12 ans » soupire la petite femme, encore très alerte pour son âge.

Funambule sur le Niagara
La troupe de saltimbanques part en tournée dans l’est de la France, avant de prendre le bateau pour le Canada. Par deux fois, sous les yeux d’un public éberlué et retenant son souffle, Mauricette traverse les chutes du Niagara sur un fil tendu 50 m au-dessus de l’eau. « Gilbert, mon patron, m’a donné des espadrilles, mis de la résine sous les semelles, collé un balancier dans les mains et m’a dit ‘’Vas-y !’’. Même sans filet, je n’avais pas peur ». La seule photo immortalisant cet exploit a été confiée, mais hélas jamais restituée. En plus de ses acrobaties, Mauricette a un numéro avec un boa autour du cou qui la répugne. La petite troupe revient en France et s’installe à Paris, porte de la Villette.


Mauricette 22ans

La vie de Cosette 
Son quotidien ressemble alors à celui de la petite héroïne de Victor Hugo, sauf qu’ici Jean Valjean est aux abonnés absents. Henri et Yvonne Mahieu, un couple de forains, prennent pitié d’elle quand, un soir, elle frappe à la porte de leur caravane, maigre, pieds nus et en haillons, pour réclamer un cachet d’aspirine afin de calmer son mal de dents. « Ils ont été très gentils avec moi et sont allés discuter avec Gilbert. On peut dire qu’ils m’ont sauvé la vie. J’ai travaillé avec eux pendant 10 ans, en tenant un manège ». A 24 ans, Mauricette se marie et donne naissance à deux garçons, Henri et Didier. Les infidélités de son époux l’obligent à divorcer au bout de 7 ans. Elle s’inscrit à la mairie du 17e arrondissement qui lui trouve un emploi dans une cantine scolaire. Par la suite, elle emménage avec ses deux enfants à Boissy-Saint-Léger (94) où elle rencontrera, en 1975, Michel Chapon, son compagnon depuis.

Elle pardonne à sa belle-mère 
En 1989, son fils Henri se retrouve paralysé à 26 ans après un accident de moto dans le bois de Brou-sur-Chantereine. Mauricette s’installe à Villevaudé, dans le petit abri du jardin paternel qu’elle agrandit, pour être près de lui. Mais Henri meurt d’asphyxie 10 ans plus tard. En 2006, elle perdra un de ses deux petits-fils, Vincent, âgé de 22 ans, dans un accident de voiture. « Une fois de plus, c’est la foi qui m’a sauvée. Sans elle, je serais morte de chagrin depuis longtemps. J’ai beaucoup trop souffert pour avoir peur aujourd’hui de la mort ».

GG2 (2)Entourée de Georges Verger et Guy Gilbert, au Pin

Grand écartAu repas des seniors à Villevaudé, avec Liliane Blanadet…

Repas des anciens4 - Copie


La Villevaudéenne aime les bêtes. Chez elle, c’est l’arche de Noé : 30 colombes, 5 chats, 3 chiens, 3 oies, des lapins, poules, pigeons, cailles, perdrix…

Elle aime aussi son prochain. « Ma belle-mère m’a demandé pardon sur son lit de mort. Je lui ai donné car j’aime tout le monde. Il n’y a ni rancune ni vengeance chez moi ».

Si Mauricette a accepté de raconter sa terrible histoire, c’est parce que tous les protagonistes ont disparu. Avant, il était hors de question pour elle qu’ils soient inquiétés. SM

Commentaires

3 réponses à « Villevaudé en deuil- Mauricette Chappuy n’est plus »

  1. Avatar de Y.Godefroy

    J’ai connu Mauricette après la terrible tragédie qu’a été l’accident de son fils Henri dans le bois de Brou-sur-Chantereine. Vincent, son petit fils était alors scolarisé en classe maternelle à L’école de Villevaudé. Mauricette est une femme merveilleuse avec laquelle nous avons fêté , le dimanche 21 juin dernier, l’anniversaire de Liliane Blanadet…. en compagnie de nos maris, de Jean fils de Liliane, et …. Père Verger. Merci Mauricette d’avoir bien voulu accorder cet entretien à Serge. Il était temps que ce parcours hors norme soit dévoilé aux villevaudéens. Y.Godefroy

  2. Avatar de Christiane
    Christiane

    Nous avons eu la joie de retrouver Mauricette au repas des seniors 2024, toujours aussi heureuse de danser…

  3. Avatar de Claude Petit
    Claude Petit

    Une pensee sincère.. respect et quelle repose en paix

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